
Le Nil... acteur important dans le développement de l'Egypte Antique, sans lequel celle-ci n'aurait jamais atteint la grandeur qui fut la sienne. Autrefois, ses crues érodaient et apportaient le limon aux plaines le longeant, leur conférant de cette manière une très grande fertilité.
C'était tout un écosystème qui tournait autour des cycles du Nil.
Cependant la croissance de la population ainsi que le développement économique obligea l'état égyptien à réaliser quelques investissements.
Les crues du Nil menaçaient les installations agricoles et les cultures de coton. Les années de grandes crues, des récoltes entières étaient perdues tandis que les années de crues moindres, la famine et la sécheresse frappaient. A cela nous pouvons ajouter que la croissance de la population allait de pair avec une demande d'énergie croissante.
L'état égyptien trouva donc la solution dans la construction d'un barrage. Il permettait ainsi la constitution d'une réserve d'eau pour l'agriculture tout en la protégeant contre les surplus d'eau et permettait également la production d'électricité.
Ainsi en 1952, le président Nasser amorça le projet de construction du Haut Barrage d'Assouan, en complément à l'ancien barrage d'Assouan (construit en 1908), source d'insatisfaction. Nasser demanda d'abord une aide financière et technique des États-Unis et à la Grande-Bretagne qui, dans un premier temps, acceptèrent d'aider à sa construction, moyennant un prêt de 270 millions $ de leur part. Mais, le projet fut annulé en juillet 1956, pour des raisons encore obscures. Un contrat d'armement secret avec la Tchécoslovaquie (Bloc communiste) et la reconnaissance par l'Égypte de la République populaire de Chine sont les raisons probables, avancées par les historiens. Peu après, Nasser nationalisa le Canal de Suez, dans l'objectif de financer le barrage par les frais de passage. Cet épisode donna lieu à la Crise du canal de Suez, qui se termina par l'ordre de l'ONU à la France, la Grande-Bretagne et Israël d'évacuer le territoire égyptien, et donc à la victoire de Nasser. Aussi pour construire ce barrage, l'Égypte chercha à faire partie de la sphère d'influence soviétique et Nasser se tourna vers l'Union soviétique, qui assumera un tiers de la construction et fournira environ 400 techniciens. L'Égypte cessa alors de faire partie des Pays non alignés.
Enfin, en 1970, la construction du barrage fut terminée.

Il aura fallu 11 années de travail et près de 30000 travailleurs pour construire ce géant de 42,7 millions de m³, long de 3600 mètres, épais de 980 mètres à sa base et 40 mètres à son sommet et haut de 111 mètres. Il fut construit à environ 6km en amont de l'ancien barrage d'Assouan. Le barrage contient douze générateurs électriques de 175 mégawatts chacun, produisant 2,1 gigawatts d'énergie hydroélectrique. L'exploitation électrique commença en 1967. Quand le barrage atteint pour la première fois sa production électrique maximum, il produisait alors la moitié de l'électricité égyptienne (et encore 15% en 1998) et permit de relier la plupart des villages égyptiens au réseau électrique pour la première fois. Les effets des dangereuses crues de 1964 et de 1973 et les sécheresses menaçantes de 1972–73 et 1983–84 purent être atténuées. Il permit également aux agriculteurs de disposer d'une réserve d'eau accessible à tout moment.

Cependant, ce barrage détruisit le cycle si ancien et si important qui était celui du Nil. Les conséquences du boulversement de ce cycle furent catastrophiques et ce n'est pas encore fini... Tout d'abord, le Nil n'entrant plus en crue, un déficit de 150 millions de tonnes par an apparut. Une conséquence directe de ce déficit fut un appauvrissement des plaines autrefois si fertiles, obligeant de ce fait les agriculteurs à recourir aux engrais chimiques, provoquant ainsi des pollutions faisant fuir/disparaître de nombreuses espèces de poissons... le Nil est actuellement devenu l'un des fleuves les plus pollués au monde. Mais ce n'est pas la seule... en effet, le delta du Nil commença à s'éroder et à reculer de plus en plus. On estime sa vitesse de recul à environ 30 mètres par an! Un phare situé sur la côte en 1971 se retrouve ainsi à 1,5km en mer!
Ensuite, l'apparition d'eau stagnante fut propice au développement de diverses maladies, de divers organismes nuisibles comme les bilharzies, d'où bilharziose, considérée comme la seconde endémie parasitaire mondiale après le paludisme. Ce ver de l'embranchement des Plathelminthes parasite les reins, la vessie, le foie ou la rate, provoquant des hémoragies.

Le débit du Nil étant moindre, les eaux salées de la mer Méditerranée pénètrent de façon plus importante dans les terres proches du delta, ruinant de ce fait la fertilité ce celles-ci... mais cette baisse de débit a aussi provoqué la disparition du contre courant à l'embouchure du Canal de Suez qui limitait les échanges d'eaux et de faunes entre Méditerranée et Mer Rouge. L'apparition de nouvelles espèces invasives passant par le Canal de Suez a ainsi augmenté de manière significative depuis la construction du barrage.
De plus, le stock d'eau retenue par le barrage engendre des pertes! Non seulement l'évaporation vient faire perdre 11% d'eau par an, mais en plus l'infiltration fait perdre près de 2 millions de m3 par an! Et comme si ce n'était pas assez, l’eau restant longtemps dans le bassin, elle a le temps de se stratifier. La concentration d’oxygène décroît fortement avec la profondeur et cela cause l’apparition de molécules toxiques comme H2S dans les profondeurs du bassin. Mais en plus, la hauteur d’eau qui existe dans ce bassin est telle que la pression exercée sur le fond a terriblement augmentée. Les strates sédimentaires sont compressées et le risque de tremblement de terre est accru dans cette zone (tremblement de terre de 1981).
Sur un plan plus culturel, de nombreux trésors archéologiques furent, en dépit des efforts des Égyptologues, engloutis, alors qu’ils n’avaient pas été visités. Ceci représente une perte culturelle et financière (touristique) très importante. Et les monuments historiques non engloutis par le lac sont menacés par les pluies, autrefois quasi-inexistantes dans la région, mais devenues plus fréquentes à cause de l’évaporation de l’eau du lac.
Sur un plan plus humanitaire, près de 150000 nubiens furent obligés de fuir les zones d'inondations en amont du barrage...
Et l'avenir? Car comme il est dit ici plus haut, ce n'est pas terminé!
Tout d'abord, les agriculteurs, ayant actuellement de l'eau à profusion, font de moins en moins attention aux quantités qu'ils utilisent... une désinvolture on ne peut plus dangereuse pour le futur de l'Egypte.
Ensuite, l'érosion du delta et des côtes va continuer... des stations balnéaires complètes risquent d'être englouties dans les 10 à 20 années à venir.
Après cela, on peut considérer le problème de l'accumulation d'H2S dansl es eaux de réserve... un empoisonnement grave qui ira en s'empirant avec le temps.
On peut aussi imaginer les conséquences dramatiques pour la population et l'économie du pays de la propagation des maladies parasitaires...
En conclusion, Le barrage d'Assouan, et son lac, sont une véritable bénédiction et malédiction pour l'Égypte. Une bénédiction car le barrage a permis de nourrir une population croissante et une industrialisation en plein essor. Mais ce barrage représente égalemen une malédiction à cause de la pollution du Nil, de l'érosion des côtes, de la disparition d'ouvrages datant d' avant notre ère... Il faudrait revoir le barrage, et améliorer ses performances techniques, pour limiter l'érosion des côtes, la pollution du fleuve à son embouchure, et ainsi, mieux respecter l'environnement.
Voici quelques chiffres du fontionnement du barrage:
Volume d’eau retenue:
80 milliards m3 (157 attendus)
Evaporation:
10 milliards m3 (6 attendus)
Production d’électricité:
8 milliards kWh (10 attendus)
Les résultats sont donc un peu décevants.
Sources:
Documentaire Thalassa "Escale dans le delta du Nil" (2005)